‘Non à la France’, une revendication qui enfle en Afrique…R. MACLEAN

‘Non à la France’, une revendication qui enfle en Afrique…R. MACLEAN

N Melo
by N Melo
April 17, 2022 0

‘Non à la France’, une revendication qui enfle en Afrique




Des décennies après leur indépendance, l’influence persistante de l’ancienne puissance coloniale est contestée dans de nombreux pays africains.

BAMAKO, Mali — La pension où El Bachir Thiam travaillait comme agent de sécurité, une petite oasis de verdure au coeur de Bamako, la capitale animée du Mali, voyait passer un grand nombre de Français. Ils étaient généralement sympathiques, et il les appréciait.

Il leur souhaitaient la bienvenue, les menait à leurs chambres et les rassurait sur la sécurité à Bamako — que la ville n’était pas un foyer d’activité terroriste en dépit de son image à l’étranger. Ensuite, pourtant, il retournait à son smartphone et à des groupes WhatsApp militants qui ne se préoccupaient que d’une chose: faire en sorte que les Français — leurs entreprises, diplomates, et milliers de soldats — quittent le Mali.

Ces dernières années, les critiques s’intensifient à l’encontre de la France au sein de ses anciennes colonies africaines. Elles sont issues du sentiment que ses pratiques coloniales et son attitude paternaliste n’ont jamais vraiment cessé, et sont alimentées par une marée de publications sur les réseaux sociaux, d’émissions radio, de manifestations, et de discussions dans les rues.

Au Sénégal l’année dernière, des jeunes manifestants accusaient leur président d’être une marionnette du président français Emmanuel Macron, actuellement t en lice pour un second mandat, et ont brisé des vitrines de stations-service françaises et incendié des supermarchés français.

Au Burkina Faso, lors du coup d’état en janvier, les tailleurs déchiraient les drapeaux français et recousaient leurs couleurs à l’horizontale pour en faire des étendards russes.



Et en novembre dernier, au Niger, des soldats ont ouvert le feu sur des manifestants qui scandaient “Non à la France”, et tentaient de bloquer un convoi militaire français. Deux personnes ont été tuées, selon le gouvernement nigérien.

Près de la moitié des pays d’Afrique ont été à un moment donné soit des colonies, soit des protectorats français. Six décennies après l’indépendance de la plupart d’entre eux, ce sont des jeunes comme M. Thiam — né bien après le départ des colonisateurs Français — qui mènent la contestation. Contrairement aux générations précédentes, souvent moins instruites ou alphabétisées, ces jeunes puisent dans la multitude d’informations en ligne à laquelle ils ont accès pour promouvoir le changement. Et leurs aînés y sont attentifs.

“Il y a un nouvel éveil de conscience en Afrique sub-saharienne qui doit être connu du monde,” observe El Hadj Djitteye, un analyste malien qui a récemment fondé un think-tank nommé Centre d’Études Stratégiques de Tombouctou pour le Sahel. “Si un ministre des affaires étrangères parle aujourd’hui, il y a des groupes de jeunes analystes maliens qui récupèrent, qui analysent, qui vont te dire bon, ce paragraphe est paternaliste, ça c’est agressif, ça c’est pas de la diplomatie.”


La marée d’informations qu’ils consomment et partagent verse parfois dans la désinformation, comme par exemple les rumeurs infondées selon lesquelles la France serait de mèche avec les djihadistes ou volerait de l’or. Le gros des critiques dans les pays liés à la France se porte cependant davantage sur ce qui est perçu comme l’arrogance de l’ancienne puissance coloniale. Il y a toujours eu des critiques à l’égard de la France, notamment dans les milieux urbains plus éduqués d’Afrique de l’Ouest, mais maintenant que presque tout le monde possède un smartphone – sinon connaît quelqu’un qui en possède un – ces idées se sont répandues.

‘Non à la France’, une revendication qui enfle en Afrique...R. MACLEAN
‘Non à la France’, une revendication qui enfle en Afrique…R. MACLEAN

Au Mali, où les soldats français tentent en vain depuis près de 10 ans d’endiguer la progression de groupes armés islamistes, on accuse la France de manquer de respect aux Maliens. Les accusations sont portées non seulement par des militants comme El Bechir Thiam, mais aussi par les plus hauts responsables du pays, jusqu’au premier ministre.

“On veut nous humilier,” déclarait récemment le Premier ministre Choguel Maïga dans un discours qui, comme souvent, a dérivé vers des théories complotistes sans fondement. Ce genre de rhétorique permet à la junte militaire au pouvoir depuis 2020 de conserver un soutien populaire massif. “Et notre peuple n’est pas un peuple qui se soumet.”


N Melo
NM
Leave a Reply

Your email address will not be published.

Enable Notifications OK No thanks